Historique


     Au début de XXe siècle, il existait dans la paroisse Saint-Louis un « Cercle » composé d’hommes de tous âges où la jeunesse tenait une large part. Ces groupements, qui existaient au sein de chaque paroisse, prenaient, en principe le nom de celles-ci. Le nôtre s’appelait le « Patronage Saint-Louis ».

     Son premier directeur fut M. l’abbé Lescure et son siège se situait 51 rue Notre-Dame, dans les locaux de l’ancienne école des Frères car par suite de la promulgation des lois de 1901-1903 et à seule fin de conserver l’immeuble, l’école libre des garçons avait été transférée au n° 16 de la rue Frère.

     Après l’expulsion de nos chers religieux, obligés de partir en exil, l’école fut dirigée par des professeurs laïques; c’est ainsi que M. Roger Gondat, ancien élève des Frères de pensionnat de Blanquefort, occupa, le premier, le poste de directeur.

     A cette même époque, M. l’abbé Ferrand fut nommé vivaire à Saint-Louis et aumônier de l’école.

     Déjà, pour maintenir la jeunesse autour du clocher, il fallait songer à modifier l’esprit, la méthode, le programme des anciens patronages. Cette formule devenait périmée, le sport était à l’ordre du jour, il fallait s’adapter et faire du neuf rapidement.

     Dans chaque patro, une section de gymnastique se créait, la Fédération gymnique et sportive des patronages de Frace (F.G.S.P.F.) était en formation. Saint-Louis ne devait pas, ne pouvait pas être en retard.

     M. l’abbé Ferrand, particulièrement actif, et Roger Gondat, directeur de l’école, préparaient un nid au 16 de la rue Frère; il fallait déposer dans ce refuge un jeune oiseau, robuste, capable de tenir tête à l’adversité.

     Qui, mieux qu’un « Aiglon », pouvait posséder ces qualités.

     C’est lui, en effet, qui venait de naître, en février 1906, bien constitué. Il ne demandait qu’à vivre et grandir. Ses statuts étaient déposés à la préfecture de la Gironde le 5 mars de la même année.

     L’ancien patronage était dissous et disparaissait.

     Une section de gymnastique était fondée et son recrutement s’effectuait parmi les jeunes élèves de l’école libre. Quelques fidèles anciens venaient renforcer les cadres des ainés. Le premier drapeau de notre cher patro déployait ses trois couleurs dans la cour de l’école des Frères.

     Dans ce nid, notre petit Aiglon commençait à grandir, les ailes lui poussaient, il ne demandait qu’à aller de l’avant, aussi fallait-il se mettre sérieusement au travail. On doit noter au passage que tous les pionniers de l’Aiglon furent des anciens de l’école des Frères Maristes.

     Les concours s’organisent autour de Bordeaux: Blaye, Libourne, Langon, Lesparre, etc… Dans ces diverses manifestations l’Aiglon est bien décidé à récolter ses premiers succès. Les deux sections « adultes » et « pupilles » sont placées sous la direction d’un jeune, mais dynamique professeur, Gérard Chos, dont le père était, à l’époque, professeur au Gymnase Bertini, société de préparation militaire très réputée. Ce jeune chef, secondé par des moniteurs (anciens de Saint-Louis), les Carrère, Estrade, les frères Malet (Gaston, André puis Pierre) et quelques autres, viennent aussi peu à peu renforcer les rangs de la section « adultes ». A cette époque, l’Aiglon, en pleine croissance, pouvait égaler La Flèche, en occupant une place parmi les toutes premières dans le concert des patros girondins.

     Les années passent… M. l’abbé Ferrand quitte Saint-Louis où il ne laisse que des regrets unanimes, mais la Providence veille sur l’Aiglon et un nouveau grand directeur nous arrive du collège de Bazas: M. l’abbé de Bouville. Ce prêtre prend la direction du patro. Sous son impulsion, l’Aiglon connait une réelle période ascensionnelle et fait parler de lui sur tous les terrains de sport: gymnastique, escrime, lutte, football. Les palmarès de nos concours, les trophées recueillis sont là pour affirmer cette présence.

     Une troupe artistique, particulièrement réputée, s’organise et assure les séances récréatives; c’est Louis Carton, président nouvellement nommé, qui y apporte sa compétence et son dévouement.

     L’Aiglon atteint l’âge de la maturité totale et peut alors déployer ses ailes toutes grandes. Déjà, on voit évoluer autour de son drapeau, des jeunes, instruits par l’exemple de leurs aînés, prêts à assurer éventuellement la relève.

     Mais l’horizon s’assombrit, le drame éclate, la guerre 1914-1918 vient d’être déclarée. Plus de trente Aiglons partent aux armées. Cet effectif démontre à lui seul la force du patro à cette époque.

     La guerre se prolonge, les jeunes classes se préparent, d’autres Aiglons partent. Plus de cinquante font leur devoir sur les champs de bataille et huit donnent leur vie pour la Patrie.

     Enfin, voici l’Armistice… le retour des poilus, la joie, la paix retrouvée. Le patro se reforme et va connaître un nouvel essor. Cependant, une grosse peine attend les aînés: l’abbé de Bouville, si aimé de ses Aiglons, doit les quitter, car il vient d’être nommé curé de Queyrac. Il est remplacé par M. l’abbé Laujac.

     A cette époque, l’école des garçons doit réintégrer la rue Notre-Dame, et, de ce fait, l’Aiglon se trouve privé de local pour ses diverses activités. Fort heureusement, la nouvelle paroisse de Notre-Dame de Lourdes des Chartrons vient de créer un embryon de patronage sous l’impulsion de Gaston Muller, dont la famille a mis à sa disposition un immense local. L’abbé Laujac, par le truchement d’un Aiglon, André Mauvillain, qui participe à la fondation du nouveau patro « Chantecler », obtient d’y tenir les assises de l’Aiglon.

     L’abbé Laujac, particulièrement intrépide et courageux, se fait architecte, entrepreneur, comme il sera le « bâtisseur » dans les divers postes qui lui seront confiés. Il est incontestable que l’Aiglon doit beaucoup à l’abbé Laujac.

     Sous le ministère de ce merveilleux apôtre apparaît la belle et noble figure de Ferdinand Mercier, dont le fils Gaston est un élément actif de l’Aiglon depuis sa tendre jeunesse. Sous cette présidence se succéderont, comme directeurs, les abbés Melle, Chaumette, Lasserre, Chassaing, Groussin et Fouilleul; tour à tour ces directeurs trouveront auprès du « père Mercier », nom familier et éminemment respectueux qui lui est conféré, la continuité dans l’effort et la compréhension la plus totale. Avec l’abbé Melle, capitaine d’infanterie, revenu glorieusement décoré du champ de bataille (Légion d’honneur, croix de guerre, etc.), c’est la saine joie, les déplacements en groupe, les jeux organisés et les belles réunions familiales; c’est encore la création de la clique du patronage sous l’impulsion et le dévouement de Marcel Astrade. Ce sont les grands concours de gymnastique où le professeur Loissau déploie ses énormées qualités d’entraîneur d’hommes et sa compétence naturelle.

     Avec l’abbé Chaumette, c’est l’essor accentué sur les sports, la prise de possession d’un magnifique terrain qu’il baptisera « l’Airette » ou « le Nid des Aiglons »; c’est aussi sur le plan paroissial l’accroissement de l’amour pour le chant choral; la création du groupe artistique « l’OEillet Blanc », qui vient prendre la relève de Louis Carton. Mme et M. Gaston Mencier en furent les animateurs jusqu’à nos jours.

     Octobre 1933, la salle Saint-Louis, 8 rue Minvielle, est inaugurée de façon solennelle, après avoir été achatée et contruite par la Société Immobilière créée par M. le chanoine Abadie. La main-d’œuvre, pour les travaux intérieurs, est fournie bénévolement par les Aiglons qui apportent ainsi leur contribution. Voici, donc, que le patro retrouve un nid à l’ombre du clocher et repart pour un nouveau vol.

     L’abbé Lasserre ne fait qu’un court séjour à la direction de l’œuvre, avant d’être promu aumônier de l’hôpital pour devenir ensuite aumônier militaire.

     L’abbé Chassaing lui succède, pour peu de temps aussi, car la deuxième guerre mondiale éclate.

     Le patro n’a plus de prêtre directeur. Parmi les prêtres repliés sur notre diocèse, l’abbé Groussin vient assurer cette direction morale à laquelle tient tant « père Mercier ». Les Aiglons, pour cette guerre comme pour la précédente, sont partis nombreux accomplir leur devoir; notre patro a, de nouveau, à connaître un deuil cruel: Pierre Sebire, en 1943, alors qu’il combattait avec les Forces françaises libres, mourait en Méditerranée.

     L’occupation gère les activités de l’Aiglon; cependant celles-ci ne cessent pas pour autant. L’abbé Groussin est reparti vers son diocèse. L’abbé Fouilleul assure sa succession.

     Nous sommes en 1941. La mort frappe Ferdinand Mercier, qui, pendant vingt ans, a tenu le flambeau, apportant dans cette fonction tout son coeur et son dévouement. Sa famille reste néanmoins présente; son petit-fils André Petit va apprter par son dynamisme et sa jeunesse un appui précieux avec son ami Jean-Marie Hertzog, au nouveau président André Mauvillain.

     Cette présidence n’est qu’une attente vers la levée d’un jeune. M. Mauvillain s’efforce de susciter des dévouements. C’est du côté d’André Petit qu’il trouvera de gros efforts sous l’angle des séances familiales; c’est en Jean-Marie Hertzog qu’il trouvera le dévouement le plus total à la cause du sport. Tous deux, dans leur dommaine respectif, rivalisent de dévouement et de compétence. La patro connaît encore une vie particulièrement active.

     En 1947, le flambeau change de mains une fois de plus. C’est Jean-Marie Hertzog qui présidera aux destinées de l’Aiglon. Reconnaissant les efforts éminents rendus par André Mauvillain, les membres du patro, à l’unanimité, le portent à la présidence honoraire à vie, scellant ainsi la profonde affection qu’ils ont toujours protée à leur aîné.

     L’abbé Fouilleul nous quitte à son tour en 1950. L’abbé Davidson, déjà depuis deux ans sur la paroisse, lui succède à la direction. Il crée la colonie de vacances de La Bastide-Clairence, au Pays Basque. Il est l’actuel directeur de l’Aiglon. Les hommes passent… le patro demeure.

     Depuis sa fondation, jusqu’à nos jours, le patronage a toujours été épaulé, soutenu par de puissantes personnalités: MM. de Bernardy de Sigoyer, Jules Laterrade, docteur Dargein, Mme Guérin, Gaston Malet. Par son Comité d’honneur actuel avec MM. le docteur Triaud, André Mauvillain, Mmes Denis, Philippart.

     Après bien des vicissitudes, si l’Aiglon est encore vivant, il faut avoir le courage de dire qu’il le doit à une poignée d’hommes au cœur généreux, au dévouement remarquable, que rien n’arrête, que rien ne rebute.

     Telle est, jusqu’à ce jour, l’histoire du patro.

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